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Interview de Dominique Cau-Bareille sur les collectifs de travail

mardi 17 mars 2020
Mis à jour le lundi 23 mars 2020

Dominique Cau-Bareille est maîtresse de conférences en ergonomie à l’université de Lyon 2. Elle enseigne à l’Institut d’Etude du Travail de Lyon et mène ses recherches au sein du laboratoire Éducation, cultures et politique Ses axes de travail portent plus particulièrement sur la problématique de durer dans le métier et des fins de carrière, dans le contexte des réformes qui touchent les métiers de l’enseignement (premier degré, second degré, lycées agricoles). Elle s’intéresse également à l’impact du genre sur les conditions de travail des professeur·es.

Les collectifs de travail sont-ils une ressource pour mieux vivre et durer dans le métier ?
DCB : « L’expérience individuelle du travail est une expérience du travail collectif », soulignaient Duraffourg et Hubault (1993), plus encore dans une école où les activités de coordination entre collègues sont nécessaires. C’est une expérience qui s’inscrit dans l’histoire de l’école mais aussi de chacun de ses membres, qui a ses règles, ses implicites, ses apports mais aussi ses contraintes.

Le fonctionnement et l’efficacité d’un collectif reposent sur une communauté de pratiques, de valeurs, de savoirs et savoir-faire partagés, fondés sur un référentiel commun et des connaissances d’arrière-plan incorporés dans leur activité. Ainsi, pour un·e débutant·e, arriver dans une école nécessite un travail de décryptage des codes, des règles informelles de travail afin de pouvoir s’y insérer et y apporter sa touche personnelle au risque d’en rester à la marge. Le collectif de travail peut être un support de régulation des difficultés du travail, du manque d’expérience et un facteur essentiel de bonne santé de l’école et de son personnel. Il est un vecteur de transmission de connaissances entre collègues, d’apprentissage pour les novices indispensable à leur intégration dans le métier.

Cela nécessite de s’engager dans un travail collectif : c’est dans et par l’action collective que s’élabore ce que Clot (2000) appelle le genre professionnel : les référentiels communs, les connaissances d’arrière-plan structurant les rapports sociaux, les valeurs de métier. Se confronter à d’autres pratiques, d’autres stratégies de travail peut être formateur. Cela est d’autant plus important que les formations initiales abordent peu les préoccupations pragmatiques de réalisation de l’activité : les gestes professionnels, l’hétérogénéité de la classe, la gestion des familles par exemple.
Engagés dans les contraintes de travail de plus en plus tendues les collectifs se fragilisent : leur délitement et l’individualisation de la relation au travail sont peu favorables au développement des compétences et à la santé des enseignant·es.

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