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L’autorité, un savoir-faire

mercredi 8 novembre 2017
Mis à jour le mercredi 8 novembre 2017

L’autorité à l’école ne se décrète pas. L’injonction de la « restaurer » relève d’une vision passéiste de l’éducation qui confond autorité et autoritarisme. L’autorité ça ne se restaure pas, ça se construit, ça s’instaure avec méthode et compétence professionnelle, dans un respect mutuel entre l’élève et le maître.

Il faut « restaurer » l’autorité à l’école. Dans le sillage des entretiens accordés à la presse par le ministre de l’Éducation nationale depuis la rentrée, les langues des pourfendeurs de l’école se délient. L’injonction se fait récurrente derrière des titres de presse provocateurs. « Dernière chance pour l’école », prévient Valeurs actuelles en adoubant Jean-Michel Blanquer ; « Fin de la récré pour les pédagos ? » s’interroge Causeur jubilatoire ; « Programmes scolaires : arrêtons le n’importe quoi ! » exige L’Express ; « Blanquer déterminé face aux pédagogistes » prévient Le Figaro… Les « pédagos », les « pédagogistes », voilà à leurs yeux les responsables des difficultés de l’école aujourd’hui. À cause de leurs méthodes, l’école serait devenue trop égalitaire, ne saurait plus se faire respecter, d’où cette préconisation revenant une nouvelle fois sur le tapis. Le « laxisme » dont feraient preuve l’école et les enseignants, est montré du doigt et les bons conseils ne manquent pas, comme le retour du port de la blouse ou de l’uniforme, le chant de La Marseillaise tous les matins.

L’autorité n’est pas autoritarisme

En réalité, ces préconisations trahissent surtout la nostalgie d’un supposé âge d’or de l’école, du bon vieux temps où le maître savait se faire respecter, au besoin à coups de règle sur les doigts. Elles trahissent aussi une conception de l’enseignement dans laquelle l’enseignant est au centre, seul maître à bord de sa classe, transmettant frontalement le savoir à des élèves attentifs. Or, le rôle de l’enseignant aujourd’hui n’est plus seulement de transmettre des savoirs, mais d’aider l’élève à les construire, à se les approprier. Dans cette école-là, ce n’est pas d’une autorité se confondant avec autoritarisme dont doivent faire preuve les enseignants. L’acceptation des règles est indispensable à la transmission des savoirs, on n’apprend pas dans le chahut. Le fait que l’Éducation nationale investisse les enseignants de la mission d’enseigner leur confère une autorité de statut. Mais cette dernière ne doit pas pour autant se résumer à donner des ordres, à réclamer l’obéissance. Le respect à l’école ce n’est pas seulement celui que les élèves doivent à l’enseignant, mais aussi celui dont ce dernier doit faire preuve envers eux. Cette autorité-là ne se décrète pas, elle se construit, c’est le travail de l’enseignant dans sa classe comme celui de l’équipe dans l’école. Elle se construit par la capacité de l’enseignant de créer des situations pédagogiques, de mettre les élèves au travail et les faire entrer dans les apprentissages.

L’autorité ça se construit

Pour Martine Boncourt, docteure en sciences de l’éducation, l’autorité doit s’appuyer sur trois piliers : « la reconnaissance de l’enfant et de ses facultés de comprendre », « la confiance que l’enfant voue à l’adulte et qui ne peut s’établir que si ce dernier est debout », et « le travail que propose l’adulte : un travail productif, créatif, lié à la vie… » Parmi les dispositifs qu’elle préconise « l’édification collective de règles de vie », parce que chacun les connaît et doit les respecter. « Ainsi l’autorité c’est la loi, pas celle de tel ou tel enseignant, cela évite l’arbitraire et les sentiments d’injustice », explique Roland Gispert, directeur de l’école Boulloche à Montpellier dans l’Hérault. Dans cette école en REP+, qui a connu par le passé un climat scolaire difficile, c’est la mise en place de dispositifs de régulation communs à toute l’équipe qui a permis un retour vers plus de sérénité : « nous y gagnons tous », dit-il. L’autorité ce sont des règles, Laurence Meyer, enseignante en Segpa à Labroque en Alsace l’éprouve quotidiennement avec des élèves en grande difficulté, qui « empêchent souvent le bon déroulé des cours. » Ici, le cadre est aussi très important, de même que l’implication de tous les adultes : « Tous les maillons de la médiation doivent être à leur place. Quand l’élève revient en classe et que le conflit n’est pas réglé c’est problématique. » Dans cette Segpa, l’autorité passe aussi par des pratiques pédagogiques : didactique adaptée, différenciation pédagogique, outils de médiation.

L’autorité ça s’apprend

L’autorité ça se construit donc, mais ça s’apprend aussi. Or, de ce point de vue, la formation laisse à désirer. « Je suis toujours frappé quand je demande aux stagiaires en fin de cursus à l’Espé si on leur a parlé de comment asseoir son autorité, assurer la discipline, savoir quelles sanctions prendre, quels dispositifs mettre en place, ils n’ont rien eu à ce sujet alors que c’est une des préoccupations premières des enseignants en début de carrière qui ressort des enquêtes », écrivait en 2012 l’universitaire Éric Debarbieux dans le cadre de ses travaux sur le sentiment de victimation des enseignants. Cinq ans après, comme le montre l’étude conduite par le SNUipp-FSU auprès des stagiaires, les choses n’ont pas changé. La psychosociologue Véronique Guérin ajoute que la construction de l’autorité est aussi affaire de compétences relationnelles. « On ne peut enseigner sans être en relation ! Avec les élèves, avec les parents, les autres membres de l’équipe, l’enseignant se trouve au cœur d’une dynamique relationnelle, il doit en maîtriser certaines règles et les enjeux. Et cela manque actuellement dans la formation au métier d’enseignant », dit-elle. L’autorité ne se restaure pas, elle s’instaure, et il y faut du savoir-faire.

Un besoin de formation exprimé par la profession

Comment asseoir son autorité et gérer les incidents, quel fonctionnement trouver pour ne pas « faire la police » mais bien la classe ? C’est l’une des préoccupations majeures des enseignants en début de carrière mais pas seulement. Éric Debarbieux le rappelle dans ses enquêtes « Climat scolaire et victimation ». Parmi les dizaines de milliers d’enseignants interrogés en 2011 puis 2016 à tous stades de leur carrière, « émerge nettement le besoin d’outils et de formation pour gérer la classe. » De même, chaque année, l’enquête du SNUipp-FSU auprès des professeurs stagiaires redit l’insatisfaction des jeunes quant à leur formation en Espé. 70 % déplorent le manque de contenus en matière de « pratique pédagogique et de gestion de classe ». Ils sont de plus en plus nombreux, 41,4 %, à se sentir en difficulté pour gérer le groupe. La crainte d’être débordé est là et en même temps souvent tue, car ne pas réussir à se faire respecter renvoie à une image de soi dépréciée qu’on peine à partager avec l’équipe. C’est pourtant dans le collectif que réside une part des solutions avec l’élaboration de règles d’école et d’outils aidant chacun à travailler sereinement. Pour cela il faut du temps de concertation et de formation pour accompagner les équipes au mieux.

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