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L’histoire pour penser la société

mardi 21 août 2012
Mis à jour le mardi 10 juillet 2012

Laurence de Cock Professeure d’histoire géographie de lycée formatrice dans l’académie de Versailles. Elle est également enseignante associée à l’Institut national de recherche pédagogique (INRP) et participe à un programme de recherche sur l’articulation entre la diversité culturelle à l’école et l’universalisme républicain.


- Vous avancez que les programmes de 2008 signent un retour à une conception traditionaliste de l’enseignement de l’Histoire à l’école. Qu’entendez-vous par là ?

  • On pourrait inscrire les programmes de 2008 dans une sorte de filiation avec ceux de la IIIème République. A cette époque, ils étaient centrés sur une finalité, former des petits français. On était dans un contexte dans lequel la France était composée d’une multitude d’identités régionales et l’école avait une fonction de creuset. L’objectif était de développer une citoyenneté française,une mentalité républicaine et patriotique. Du coup, les instituteurs présentaient aux enfants des figures emblématiques et exemplaires d’une geste nationale. De Clovis roi des francs à Charlemagne, en passant par Saint Louis et Jeanne d’Arc, se construisait une sorte de « roman national » jalonné de dates et d’événements structurants qui donnaient corps à une forme de légende républicaine. C’est en cela que les programmes de 2008, dont on ne sait toujours pas à ce jour, comment et par qui ils ont été élaborés, signent un retour à la transmission de valeurs qui ne sont pas questionnées. Pourtant, l’Histoire scolaire avait beaucoup changé ces trente dernières années,en intégrant notamment de nombreux aspects de l’Histoire sociale.

- C’est donc ce qui les différencie des programmes de 2002 en terme de contenus ?

  • En effet, les programmes « Joutard » de 2002 étaient très novateurs, y compris par rapport à ceux du secondaire. Alimentés par les évolutions de l’historiographie moderne,ils faisaient la part belle à la complexité,à une amorce de réflexion critique chez les enfants. On était moins dans une histoire des grands personnages, des dates clefs, et plus dans un accent mis sur les groupes sociaux. Qui étaient les gens ordinaires ? Comment agissaient-ils, que peut signifier pour le monde d’aujourd’hui, ce qu’ils ont vécu et construit. Il s’agissait là de mettre à la disposition des enfants, des outils pour les faire réfléchir, développer une citoyenneté critique en opposition à la citoyenneté d’ « adhésion » qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène.

- Selon vous, à quels enjeux éducatifs devrait répondre l’enseignement de l’histoireà l’école ?

  • A mon sens, l’histoire est un miroir de ce qui s’est passé, de ce que les hommes ont pu faire à un moment donné. Un miroir de ce qui a été possible et de ce qui ne l’a pas été. C’est pour moi extrêmement important, de donner à voir que ce ne sont pas simplement des personnages célèbres qui ont fait des choses dont on se souvient. Ce sont aussi des hommes et des femmes « ordinaires », qui avaient une culture, des coutumes,des façons de vivre et de travailler,de protester, de se battre et de mourir. Et ça, c’est un support formidable,pour commencer à réfléchir à ce que c’est que « faire société ». On peut alors construire des notions et des outils pour analyser ce qui fait que des hommes vivent ensemble, comment ils s’organisent, comment ils négocient et délibèrent. Et là, on est dans l’apprentissage de cette citoyenneté critique que j’évoquais. Je regarde ce qui a été fait, j’essaie de le comprendre, je fais des aller-retour entre passé et présent pour comparer et établir des relations. Tout ce processus va me permettre de « penser » la société dans laquelle je vis et celle dans laquelle je vivrai.

- Y a-t-il malgré tout dans ces programmes de 2008, des espaces, des marges de manœuvre,pour les enseignants qui souhaitent faire de l’Histoire « compréhension du monde » avec leurs élèves ?

  • Il y a toujours des marges de manœuvre,même si elles sont singulièrement réduites par la construction de ces programmes. Il est possible par exemple de monter des projets avec une sorte de fil rouge, sur l’année,dans lesquels les éléments du programme d’Histoire sont une sorte de prétexte, pour jeter des ponts vers un travail plus réflexif. Mais nous savons tous les difficultés que ça présente. C’est chronophage et c’est coûteux parce qu’il faut pouvoir sortir de l’école. Et puis reste la question de la formation. On peut tout à fait présenter Clovis avec un regard multiple et une présentation critique du personnage. Mais il y faut de la formation,initiale et continue, avoir la possibilité de se mettre au point scientifiquement, pour disposer des outils afin de pouvoir « ruser »avec les libellés des programmes.

Bibliographie : De Cock Laurence et Picard Emmanuelle (dir),La fabrique scolaire de l’histoire, Agone 2009 De Cock Laurence (et alii),Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France ? Agone 2008 De Cock Laurence, Bonafoux Corinne, Falaize Benoît,Mémoires et histoire à l’école de la république,Armand Colin 2007


Vidéo :

Laurence De Cock - L’histoire pour penser la société from SNUipp-FSU on Vimeo.

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