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LA FORCE DU COLLECTIF !

lundi 23 mars 2020
Mis à jour le lundi 23 mars 2020

Alors que la réforme de la fonction publique tend à individualiser les carrières, les rémunérations, les retraites, ce dossier se penche sur le collectif, ou plutôt sur les collectifs. Qu’ils soient d’enseignant·es, qu’ils concernent élèves et parents, ils constituent de véritables leviers de réussite. Ils permettent notamment de mieux vivre son entrée dans le métier et d’y durer.

Les pratiques collaboratives des enseignant·es sont moins fréquentes en France que dans d’autres pays. Comme le pointait le médiateur de l’éducation nationale « le métier d’enseignant, tel qu’il est actuellement, isole trop souvent ». Or, les collectifs de travail sont un facteur essentiel de bonne santé de l’école et de ses personnels. Une question peu, voire pas abordée en formation initiale et continue.

La réduction du temps de travail des PE sans réduire le temps de scolarisation des élèves pourrait permettre aux enseignant·es de sortir de l’isolement, de mener des projets communs, de se former aux évolutions d’un métier complexe t exigeant, de travailler en équipe pour mieux lutter contre les inégalités scolaires. En cela le « Plus de maîtres que de classes », proposition forte du SNUipp-FSU pour l’école, permettrait d’y parvenir.

Le collectif de travail pour résister et mettre du sens

Le New Public Management s’immisce dans tous les services publics avec pour objectif d’y faire appliquer les mêmes normes de rentabilité et de flexibilité que dans les entreprises privées.

Des écoles aux tribunaux en passant par l’hôpital, tous sont sommés de faire des économies quitte à précariser toujours plus encore les agent·es qui les font vivre et à compromettre la qualité des services aux usager·es. Or, ces services publics, qui sont le bien de toutes et tous et le seul bien de ceux qui n’ont rien, doivent garantir la cohésion sociale de notre pays et pour ce qui concerne l’école, la prise en charge du besoin fondamental d’éducation.
L’école publique souffre d’une réorganisation managériale qui place les établissements et leurs personnels en concurrence. Les nouvelles gestions de carrière, en vigueur depuis 2017, et la fin des commissions paritaires depuis janvier 2020 individualisent et isolent les enseignant-es.

Jouer collectif pour résister

La mise en concurrence des personnels, les gestions de carrière individualisées, l’isolement des PE sont des outils de management qui visent à fragiliser le collectif pour davantage contraindre les personnels. Cette réorganisation feint d’ignorer que le travail enseignant demeure fondamentalement collectif.
À ce propos, le dispositif « Plus de maîtres que de classes » (PDMQDC) a pu montrer les effets bénéfiques pour la réussite des élèves de la dimension collective du travail qu’il impulse (voir PDMQDC... pour faire bouger le métier ). PDMQDC , mais aussi collectif de classe, avec les élèves, collectif pédagogique et éducatif, avec tous les personnels de l’école, collectif éducatif avec les parents… Comme le rappelle Dominique Cau Bareille dans son interview, « c’est dans le collectif de travail que s’inscrit le sens du métier ».
Pour résister aux transformations délétères que tente d’imposer l’actuel ministère, les enseignant·es peuvent s’appuyer sur tous les outils à leur disposition. Le premier d’entre eux demeure le levier pédagogique. Le témoignage d’un enseignant qui a mis en place une classe coopérative montre comment le pari du « toutes et tous capable » plutôt que celui du « que le ou la meilleure gagne » peut transformer une salle de classe en lieu de coopération et d’entraide : une formidable occasion de construire un collectif et de redonner sens à son travail.

Recréer des espaces de parole

C’est aussi dans la relation avec les familles (voir école-familles : embarquement immédiat) que le sentiment de solitude et d’isolement face à l’importante mission d’éducation, peut se déconstruire. Prendre le temps du dialogue, de la rencontre, discuter avec les parents dans le respect du rôle de chacun c’est se protéger des risques d’incompréhension et s’assurer d’une confiance mutuelle, indispensable pour construire des relations sereines et assurer un meilleur rapport à l’école pour l’élève. Recréer des espaces de paroles, d’échanges professionnels, peut aussi permettre de résister aux pressions. Le SNUipp-FSU fait partie des organisations collectives qui offrent ces espaces. Régulièrement il propose des stages départementaux et des colloques nationaux dans lesquels prendre le temps de se retrouver, loin des pressions institutionnelles, afin d’échanger sur sa pratique, de partager des réflexions autour de l’actualité, de prendre de l’information auprès des différent·es chercheuses ou chercheurs invité·es. Il existe aussi des groupements d’enseignant·es comme le GFEN, l’AGEEM, et puis les CRAP, OZP, ICEM, CEMEA *, avec lesquels le SNUipp travaille et dont certaines idées sont reprises dans ce dossier.
Des collectifs pour contribuer à transformer l’école et la société, parler métier, et faire vivre chaque jour la promesse d’un service public de qualité. Des collectifs pour sortir d’un exercice solitaire du métier, et penser des pratiques pédagogiques plus collectives (voir Comment repenser nos pratiques pour former des citoyen·es éclairé·es et le témoignage d’un enseignant en classe coopérative).

* GFEN  : Groupe Français de l’Éducation Nouvelle
AGEEM  : Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles
CRAP  : Cercle de recherche et d’action pédagogiques (Cahiers pédagogiques)
OZP  : Observatoire des zones prioritaires
ICEM  : Institut coopératif de l’école moderne (pédagogie Freinet)
CEMEA  : Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active

Lire aussi :
- Comment repenser nos pratiques pour former des citoyen·es éclairé·es ?
- L’Interview de Dominique Cau-Bareille sur les collectifs de travail
- Le témoignage d’un enseignant en classe coopérative
- École-familles : Embarquement immédiat !
- PDMQDC… pour faire bouger le métier !

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