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Loi Blanquer, ça change quoi ? Épisode 3 Des usines des savoirs

mercredi 6 mars 2019
Mis à jour le mercredi 6 mars 2019

La réforme par la ruse : c’est par amendement que sont arrivés les établissements publics locaux des savoirs fondamentaux (EPLSF) dans le projet de loi Blanquer. Il s’agit d’une modification profonde de l’organisation scolaire par des regroupements collège et écoles d’un secteur, le tout sous l’autorité du-de la chef-fe d’établissement. Exit les directeurs et directrices d’école. Il n’y aurait plus qu’un-e « adjoint-e » en charge du premier degré.

Inexistants dans le projet de loi initial, les établissements publics locaux des savoirs fondamentaux (EPLSF) sont entrés par la petite porte via un amendement d’une députée En Marche, principale de collège. C’est pourtant un changement majeur de l’organisation de l’école qui se dessine.

Il s’agit en effet de regrouper « les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situés dans le même bassin de vie » soit « en réseau en restant sur leurs sites respectifs », soit en se regroupant « au même endroit en fonction du projet, du souhait de la communauté éducative et des caractéristiques du territoire ».
Ces établissements sont dirigés par le-la principal-e qui chapeaute un-e ou plusieurs « adjoint-es » dont un-e au moins issu-e du primaire en charge des écoles. Les modalités de recrutement, seront fixées par décret.
Ces structures, une quinzaine déjà prévues sur le territoire, concerneront le « très rural » ou le « très urbain », en fait partout où le préfet et les collectivités locales en décideront, après « avis de l’autorité de l’État compétente en matière d’éducation » (Rectorat). Car les équipes enseignantes comme les familles ne sont pas consultées, pas plus que les instances comme le CTSD ou le CDEN.

10 écoles, 4 directeur-trices

Le fonctionnement est calqué sur le secondaire : conseil d’administration, conseil pédagogique... L’idée est de « mutualiser les moyens humains » ne se cache pas la députée à l’origine de l’amendement, « lorsque l’établissement regroupe 10 écoles pour un total de 40 classes, il pourra y avoir 4 directeurs adjoints » et non plus un-e par école. Il y a donc bien économies de postes. 46,6% des écoles primaires publiques comptent entre deux et quatre classes, la tentation sera grande de « les regrouper dans de grands établissements », prévient l’universitaire Sylvie Plane. « Pour beaucoup de communes, ce texte va entraîner la fermeture de l’école ». L’association des maires ruraux de France dénonce d’ailleurs l’absence de concertation des collectivités sur ce point. Elle demande aux sénateurs et sénatrices, désormais à l’étude de la loi, d’y inscrire « la nécessité d’un maillage pensé avec tous les élus » qui ne passe par par « une concentration territoriale sur un même site ».

Le sort des directeurs et directrices également inquiète. Qui va assurer le lien de proximité avec les familles et les partenaires ? Qui va veiller à la sécurité ? Qui va coordonner les projets au plus près de l’école ? Car le texte crée des différences de traitement entre « directeur-trices adjoint-es » des EPLSF au statut de chef-fe d’établissement et les autres directeurs et directrices d’écoles. C’est loin de répondre aux besoins des directeur-trices d’école sur la reconnaissance et l’alourdissement des tâches.

Enfin l’appellation même interpelle : établissements des "savoirs fondamentaux". Quid des autres savoirs hors "lire, écrire, compter, respecter autrui" chers au ministre ? L’école de la réussite et de l’épanouissement des élèves est aussi celle de la découverte du monde, en histoire, géographie, sciences, de l’expression artistique et des langues. Tout aussi fondamental !

À côté de ces établissements, la loi prévoit également la création d’établissements publics internationaux (EPLEI), offrant un cursus d’élite aux happy few. Curieuse conception de « l’élévation du niveau général » et de « la justice sociale » proclamées par Jean-Michel Blanquer lors du vote à l’Assemblée.

Non à la loi Blanquer, oui à un autre projet pour l’école

Les syndicats dont le SNUipp-FSU s’adressent donc de manière unitaire aux sénateurs et sénatrices : il est encore temps de retirer cet article ! Des actions unitaires ont été décidées le 19 mars, public et privé unis pour défendre les droits des salarié-es, salaires, journée de carence, recours aux contractuel-les... Et le samedi 30 mars pour dire non à la loi Blanquer et oui à un autre projet pour l’école publique.

Aller plus loin :
- Loi Blanquer : une camisole pour l’école
- La loi Blanquer, ça change quoi ? Épisode 1 "Silence dans les rangs"
- Loi Blanquer, ça change quoi ? Épisode 2. Un cadeau pour le privé

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