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M. le ministre, vos lettres méritent réponse

jeudi 4 avril 2019
Mis à jour le jeudi 4 avril 2019

La veille d’un samedi d’action réussi le 30 mars, Jean-Michel Blanquer écrivait à tous les personnels des écoles. Il a repris la plume en début de semaine, cette fois à l’attention des directeurs et directrices alors même que la mobilisation s’annonce à nouveau importante dans les écoles ce jeudi 4 avril. Des courriers qui appellent quelques commentaires.

On ne s’étendra pas sur l’utilisation du terme de confiance qui à force de répétitions finit par susciter quelques soupçons, tant on est loin d’une réalité qui écarte systématiquement tout dialogue avec la communauté éducative.

CP et CE1 à 12

Les deux courriers évoquent un « investissement massif dans l’école primaire », pour essentiellement dédoubler les « CP et les CE1 en REP et REP+ et permettre d’offrir à 300 000 élèves un suivi renforcé ». Rappelons toutefois que l’effort ici consenti est loin de compenser le désinvestissement chronique dans notre école comparativement aux autres pays, comme le soulignent années après années les études internationales.
Quelle surprise de découvrir que l’on apprend mieux avec moins d’élèves dans les classes, notamment lors d’apprentissages aussi complexes que celui de la lecture.
Sauf que cette mesure, insuffisamment financée a conduit mécaniquement à l’augmentation des effectifs d’autres classes. De plus elle ne profite qu’à une partie des élèves alors que 70% des élèves en difficulté ne sont pas scolarisés en éducation prioritaire. Non monsieur le ministre, l’investissement n’est ni massif ni à la hauteur des besoins.

Instruction obligatoire à 3 ans.

Le ministre annonce vouloir « approfondir son action en abaissant l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans afin de renforcer l’école maternelle ». Au regard des 97,6 % de 3 ans déjà scolarisés on s’émerveille de la portée de l’approfondissement.
À moins qu’il ne s’agisse d’un approfondissement ou pour mieux dire d’un élargissement de l’obligation de financement de l’école privée pour un surcoût estimé à près de 150 millions ?
Enfin, là où cette mesure pourrait avoir du sens, en Guyane et à Mayotte, elle est différée pour cause d’infaisabilité à la rentrée prochaine.

Établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux

Ainsi donc les EPLESF, ou EPSF dans leur version raccourcie, ne sont qu’un « outil supplémentaire pour ceux qui le désireront et ils devront requérir l’accord de la municipalité et du conseil d’école ». Le ministre dit qu’il s’y engage, la communauté éducative devra juger sur pièce, car pour l’instant le texte n’en dit rien.
Et que penser d’établissements dévolus aux seuls « savoirs fondamentaux » que sont le « lire, écrire, compter et respecter autrui » ?
Un programme étriqué qui ne semble pas concerner les établissements publics internationaux créés dans le même temps, ni les autres établissements qui garderaient l’ambition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture. De là à parler d’une école à deux, voire à trois vitesses…
Enfin, le courrier annonce que « la fonction de directeur d’école sera maintenue ». Mais comment peut-on lire cela dans le texte de loi actuel qui place ces EPSF sous la responsabilité d’un chef d’établissement adjoint issu du 1er degré ?
Comment y croire, quand une des députées « rédactrices » de l’amendement évoque la suppression de six directeurs sur dix ?
Un « responsable local  » serait maintenu, précise le locataire de la rue de Grenelle. Mais pour quoi faire ? Ouvrir et fermer le portail de l’école ? C’est à tout le moins très flou, et quand c’est flou …

Aussi, plutôt que de leur envoyer des courriers qui se veulent rassurants le ministre serait bien avisé d’écouter enfin toutes celles et ceux qui font l’école au quotidien. Aujourd’hui, ce projet de loi doit être abandonné. C’est le sens des mobilisations qui se développent partout en France.

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