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"Un défi de la vie quotidienne"

mardi 9 avril 2013
Mis à jour le lundi 25 février 2013

Michel Miaille est Président de la Ligue de l’enseignement de l’Herault et professeur émérite de droit public science politique de l’Université de Montpellier 1. Il est ancien directeur du département de science politique, directeur du centre de la théorie de l’État et doyen de la faculté de gestion enseignements en droit public et science politique. Il intervient sur la laïcité principe constituant de la République, mise au défi de la vie quotidienne. Il prépare un petit livre de la collection DALLOZ (à 3 euros) sur la Laicïté, à paraître début 2013.

- Que représente la laïcité aujourd’hui ?

  • C’est finalement une manière de vivre ensemble et de manière pacifique. En tant que président de la Ligue de l’enseignement en faisant beaucoup d’activités avec les enfants et avec les scolaires c’est une idée que je mets en avant. Sans la laïcité, nous serions dans une vie de conflictualité permanente. Grâce au respect mutuel que nous accordons, nous pouvons nous parler et échanger. C’est une acceptation de ce que qui nous différencie dans le respect mutuel.

- Quelle est l’évolution de la laïcité au fil de l’histoire ?

  • La laïcité, principe constitutionnel est devenue une règle très consensuelle. Même s’il y a des débats et des projets de « toilettage  », le principe n’est pas réellement mis en cause. Évidemment, il faut ajouter au tableau, la présence de l’Islam qui revendique une visibilité longtemps occultée. Ce n’est que tardivement que la société française a pris conscience du problème. Rappelons nous que loi de 1905 a été votée dans une atmosphère extrêmement tendue et même violente. Depuis élevée au rang constitutionnel, la laïcité apparaît comme un « totem » irrécusable. La mise en oeuvre de la loi a été très prudente. Le vote en 1959 de la loi Debré accorde certes des subventions à l’école privée mais en même temps lui a imposé des programmes et les formations de maîtres contrôlés par l’Etat. De nouveaux problèmes sont ensuite apparus avec le développement de la religion musulmane en raison du comportement de jeunes issus de l’émigration qui, à la différence de leurs parents, protestent devant l’inégalité des situations. La situation n’est plus seulement confessionnelle mais proprement sociale et politique.

- Quels sont les défis auxquels elle est confrontée ?

  • La laïcité représente la possibilité d’avoir un rapport pacifique avec celui qui est différent. Toutes les sociétés ont rencontré ce problème d’intégrer dans leur sein des gens différents. Mais aujourd’hui il y a d’autres problèmes. Pendant longtemps l’intime conviction était organisée par des institutions, par des clercs, cadrée par des conventions expliquant comment on devait penser. Tout cela a volé en éclats c’est une espèce de bricolage pour reprendre un terme de Levi-strauss qui fait que chacun doit s’arranger avec ses croyances, ses rituels, ses manières de faire et son vocabulaire. Pour les populations en difficulté ce bricolage va être incompréhensible. Un exemple, le respect d’un islam en réalité complètement fantasmé est, en fait, une manière de défendre une identité. On n’est pas très bien préparé à cette façon dont les gens assument leur identité. Ces formes d’expressions ont toujours à voir avec des conflits majeurs dans notre société, internationaux mais aussi avec nos conflits hexagonaux. C’est ce que la laïcité doit gérer de la manière la plus compréhensive et la plus ouverte qui soit.

Comment appliquer cette compréhension et cette ouverture dans la classe ?

  • Il existe souvent une mauvaise information des enseignants de ce qu’est la laïcité. On navigue entre des clichés mal compris de la IIIe République. Le premier conseil est d’être au clair sur ce qui se passe dans la société et sur les principes de la laïcité. Plus les problèmes sont chauds plus il faut garder la tête froide. C’est un thème qui est lié à la violence dans la société et on ne le résoudra pas sans comprendre pourquoi tel ou tel élève dit telle ou telle chose. Ce n’est qu’après avoir engagé le dialogue que l’on peut comprendre et préciser les limites. Il faut être ferme, rien ne sert de négocier, il y a des choses sur lesquelles on ne peut pas revenir, l’égalité entre l’homme et la femme, le respect de l’autre que l’on doit à toute personne quelle que soit son origine, la couleur de sa peau. Fermeté sur les principes et ouvertures dans la mise en oeuvre, on est sur la bonne voie.

- Peut-on évoquer une « spiritualité laïque » ?

  • Certainement car la spiritualité ne se limite pas au cercle des religions. En ce sens, la laïcité n’est pas une coquille vide. Elle ouvre sur des règles et des positions « positives » que sont les valeurs de la République. Le maître ne doit pas céder devant quelque forme que ce soit, d’éventuels refus de cette spiritualité laïque. Se pose le problème aussi des enseignements qui doivent aborder la question des religions. Il faut expliquer aux élèves ce qui di$érencie un enseignement laïque fondé sur la Raison et un enseignement dogmatique. Là encore, il ne faut pas céder pour vouloir être « neutre ». La fermeté laique doit s’allier à la sagesse du dialogue, en toutes circonstances.
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