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Une réforme de la formation initiale pleine de dangers

jeudi 20 septembre 2018
Mis à jour le jeudi 27 septembre 2018

Le gouvernement entend réformer la formation initiale des enseignant-es. S’il partage la plupart des constats portés par le SNUipp-FSU , l’absence de budget à la hauteur des enjeux comme les premières pistes dégagées ne portent pas nos ambitions. Les délais annoncés laisseront peu de place aux négociations avec les syndicats : fin des discussions en octobre pour une application à la rentrée 2019. Quelles conséquences pour les futur-es enseignant-es ?

Cette réforme est construite autour de 4 axes : mettre en place des pré-recrutements dès la L2, modifier l’architecture de formation, resserrer la formation initiale sur les fondamentaux, mettre sous tutelle les ESPE.

Mettre en place des pré-recrutements dès la L2

Le dispositif proposé n’a rien de comparable avec les pré-recrutements revendiqués par le SNUipp-FSU.
Ils consisteraient à mettre en responsabilité des étudiant-es pour des missions d’enseignement allant en L2 de « répétiteur » en l’absence de professeur-e à remplaçant-e en M1. Cela permettra en premier lieu de disposer d’un vivier de remplaçant-es à bas coût et ne fera que précariser un peu plus l’entrée dans le métier.

Avec 8h par semaine en classe, ce dispositif amputera les horaires universitaires, car on peut douter de la capacité des universités à garantir une bonne articulation entre ce travail et les emplois du temps universitaires. Or, pour le SNUipp-FSU, au delà des objectifs de sécurisation des parcours étudiants, de démocratisation de l’accès aux métiers de l’enseignement et d’augmentation du vivier de candidat-es au concours de recrutement, les pré-recrutements doivent permettre aux étudiant-es d’obtenir le diplôme requis pour le concours et de réussir le concours. Les études montrant que le salariat étudiant amoindrit la réussite d’études (50% des étudiants travaillent, et pour la moitié de ces 50%, ce travail a un impact négatif sur leurs études – étude observatoire de la Vie étudiante), ces étudiant-es auront plus de risque d’échouer aux études et au concours.

Enfin, sans retour réflexif sur la pratique, faisant le lien entre théorie et pratique, ce dispositif réduira la formation professionnelle à un mimétisme des gestes professionnels, niant le fait que les enseignant-es sont concepteur-trices de leur métier.

Enseigner est un acte complexe qui s’apprend.

 Modifier l’architecture de formation

L’admissibilité se situerait en L3 et l’admission en M1 ou M2. Les dernières informations penchent plutôt pour une admission en M2. Les admissibles seraient alors contractuels enseignants , au risque que leur affectation suive une logique de gestion et non de formation.
En M1, ils seraient à tiers-temps en responsabilité et en responsabilité à mi-temps en M2. Ils seront fonctionnaires-stagiaires à plein temps en M2+1 et titulaires en M2+2. Le volume de formation en M1 sera, de fait, par rapport à l’heure actuelle, diminué.
Le poids de deux années d’incertitudes supplémentaires, hors statut protecteur de fonctionnaire stagiaire, pèsera sur les admissibles. La stagiairisation étant repoussée, leur entrée dans la carrière sera retardée, ce qui aura un impact direct sur leurs droits, leur rémunération, leur ancienneté générale de service (AGS) et leur retraite.
Qu’adviendra-t-il des admissibles en cas de non réussite aux épreuves d’admission ? On peut craindre l’éventualité de la création d’un vivier de futur-es contractuel-les.

Resserrer la formation initiale autour des fondamentaux

Choix serait fait de resserrer la formation autour des indispensables à la prise de poste mais également autour des fondamentaux. A été évoquée l’idée de maquettes avec des volumes horaires de français et de maths de plus de 50% du volume horaire global, réduisant de fait les volumes des autres domaines.
Le reste de la formation serait déporté sur la formation continue en T1 et plus, elle même déjà en berne.
Quelle place sera donnée aux cours de psychologie, de sociologie, à l’initiation à la recherche ?
Ce resserrement des contenus de formation renvoie à la vision d’un-e enseignant-e qui n’est pas concepteur-trice de son métier, exécute les bonnes pratiques pour la prise de poste, mimétise les gestes professionnels, et nie le principe qu’enseigner doit s’apprendre par une formation universitaire et professionnelle ambitieuse.

Mettre sous tutelle les ESPE

Le ministère entend mettre la formation sous tutelle et mettre la main sur le pouvoir d’agir enseignant. Pour cela, il entend créer des cahiers des charges décidés unilatéralement par le rectorat, nommer les directeurs d’ESPE par le ministre et instaurer un pilotage des ESPE par les évaluations.
Il projette aussi que les ESPE n’emploient plus de formateurs propres et qu’il soit fait appel à des PEMF et des enseignant-es chercheur-es ponctuellement en fonction des besoins.

Ce projet n’améliorera en rien la formation des stagiaires. En effet, la mise en responsabilité de classe avancée ne fera qu’augmenter leur charge de travail et la diminution de la formation universitaire ne fera qu’accroître leur stress.

 … face à cela, les propositions ambitieuses du SNUipp-FSU

 Le SNUipp s’oppose fermement aux mesures proposées, il porte un tout autre projet :
- des pré-recrutements, intégrant des critères sociaux dès la L1 et à tous les niveaux du cursus universitaire, sous statut d’élèves-professeur-es garantissant une formation rémunérée sans contrepartie de travail.
- un concours de recrutement sous condition de licence, en fin de L3, suivi de deux années pleines et entières de formation validées par un master.
- un temps de stage d’un le tiers-temps progressif (observation, pratique accompagnée, responsabilité).
- une formation continuée après la titularisation : T1 à mi-temps et des compléments de formation en T2.
- Un cadrage national de la formation avec des moyens matériels et humains suffisants pour les ESPE.

Pour le SNUipp-FSU, enseigner est un métier qui s’apprend, il est donc urgent de véritablement remettre à plat la formation des enseignants. Il en va de la qualité du service public d’éducation pour toutes et tous !

 

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